L’autre jour, une fois n’est pas coutume, je regardais le journal télévisé sur France 3. L’affaire Merah battait de son plein, c’était, je crois, quelques heures après sa mort. Personnellement, je préfère lire des articles de fond et des documents longs et précis sur les affaires car je crois que d’un côté les médias sont incapables de traiter une information de façon purement factuelle ou en profondeur et de l’autre car il faut toujours du temps pour prendre en compte tous les éléments d’une affaire — juger sur le vif est sans doute la pire chose qu’on peut faire et l’info en continu autour de l’affaire Merah en a été la preuve.
(Ce qui n’empêche pas d’être surpris, choqué, attristé, énervé ou heureux à cause d’un évènement.)
Mais le reportage était agaçant à tous les niveaux. Il y avait un résumé de la vie de Merah : scolarité moyenne, travail précaire, petite délinquance puis prison et, à la sortie, radicalisation, voyage en Afghanistan. Ces points étaient énumérés en fin de reportage puis, la journaliste terminait par « Mais pour tous, Merah restera un mystère. »

Non.
Mais non. Espèce de pute, tu viens JUSTEMENT de donner une explication (peut-être pas LA VRAIE ou LA SEULE). Il n’y a pas de mystère espèce de demeurée. On ne se radicalise pas uniquement pour son bon plaisir enfin. Tu as énuméré quoi, une liste de trucs comme ça, au hasard ? C’était juste pour finir ton reportage sur un bon mot ? C’était simplement pour ne pas finir sur un fait mais pour « ouvrir » ton reportage ? Et puis « pour tous », tu parles sans doute de ses amis, de ses voisins, des gens qui vivent avec lui. Tu crois vraiment qu’ils ne voyaient pas ce qui se passait ? Tu crois qu’ils se sont levés ce matin-là et ce sont dit « Ah putain, je me demande vraiment comme le petit Merah est devenu comme ça. » Certains ont vécu le même chemin que Merah : scolarité moyenne, pas de travail, petite délinquance, etc. Il vivait pas rue Mozart dans le 16ème quoi.
Alors oui, je m’emporte. Mais en rage quittant la pièce où il y avait le téléviseur trop coûteux pour que je le balance au sol, je suis me juré, de nouveau, de ne plus jamais regarder des débilités aussi profondes. Et je repensais à ce formidable dialogue annonciateur d’une époque de journalistes mongoloïdes :
Kara : Oui si ce n’est qu’Emile a emporté son secret dans la tombe…
Odile : Quel secret ?
Kara : Ben, ces lettres qu’il gravait sur le mur après chaque meurtre : O, D, I, L. Qu’est ce que ça peut bien vouloir dire, Odil ?
Odile : Ça je sais pas, c’est un mystère.
S’ils donnaient leur avis ça sera la galère genre « houlàlà on a une explication, mais à qui la faute ? » et début du malaise politisant.
Mais il n’y a pas UNE faute, il y en a plusieurs. C’est complexe. Donc c’est long à expliquer. Donc ça n’a pas sa place à la télévision :/