Un scénario est, traditionnellement du moins, écrit en trois actes. Cette construction ne m’a jamais plu puisque ce sont trois actes de tailles inégales donc forcément il y a un, le central, souvent très foutraque. Pourtant, quand je m’arrête d’écrire un synopsis pour X ou Y raisons, c’est souvent à cause de l’Acte III.
L’Acte III ou mon pire ennemi
C’est « facile » d’avoir une idée de départ, c’est « simple » de la lancer, de mettre des personnages, des pistes, des rebondissements… Mais lorsque l’heure de l’Acte III arrive, s’il n’a pas été préparé comme il faut, toute l’histoire se casse la gueule. Pourquoi ? Parce que l’Acte III c’est la conclusion, c’est la fermeture des histoires par un moment fort. Ce moment fort, le zénith du texte, est souvent évident. Sur le projet Drakkar, c’est l’incendie d’un bateau. Mais pour y arriver il y a deux conditions : que ce soit préparé et que les intrigues se ferment.
En effet, le zénith du film ne doit pas se faire une heure avant la fin du film. Voir les histoires et les sous-intrigues se refermer une par une pendant des heures alors que l’objectif principal du film est terminé, c’est une mauvaise, très mauvaise idée. Que faire ? On ne peut pas laisser trop d’intrigues ouvertes et non résolues, cela provoque bien évidemment de la frustration. On ne peut pas non tout fermer d’un coup, sous peine de faire comprendre au spectateur que c’est fini. Il faut réussir à le faire en douceur, comme il faut. Mais le pire, c’est quand il manque des pages entre la fin de l’Acte II et le début de l’Acte III. On sait où aller mais pas comment. Et ça ne doit pas se voir, à la rigueur ça peut se sentir.
L’annonce qui ne venait jamais
Pour Drakkar, je pense ne pas avoir assez préparé mon Acte III. Je vais donc devoir détricoter certaines poses d’informations (une annonce quoi, genre « Emeric habite dans la région ») pour en placer d’autres, qui serviront à ma structure. Détricoter, c’est carrément foutre le bordel mais ça peut aussi être bénéfique. Dans le cas de Emeric, j’ai toujours senti que je l’annonçais trop tard, soit cinq ou six scènes avant d’aller chez Emeric. Je vais donc le placer plus tôt, signaler sa présence, pour mieux le ressortir du chapeau au bon moment.
Plus coton : en détricotant les annonces, on casse souvent l’aspect « magique » de l’histoire. Par magique je veux dire que les événements se sont plus ou moins associés les uns aux autres dans ma tête ou sur le papier et se suivent « naturellement » ; une fois séparés, ils ont l’air aux mauvais endroits ou aux mauvais moments. Deux raisons à ça. Premièrement c’est souvent parce que c’est un mauvais endroit ou un mauvais moment. Deuxièmement parce que mon cerveau s’est habitué à voir cette annonce à ce moment ou cet endroit là.
Quelles solutions ?
Et bien aucune en fait à part prendre le problème à l’envers et se dire : comment faire pour transformer ce problème en une qualité ? Une annonce trop tardive est souvent perçue comme une erreur scénaristique et c’est risqué de s’en vanter genre « ah ouais, j’avais oublié de vous dire, mais on va voir Emeric ». Sauf si un personnage est aussi tête en l’air. Par contre, l’un des objectifs de mes personnages qui est de trouver un bateau va peut-être être solutionné par cet Emeric. Mais ça, c’est pour le prochain numéro !
Musique du moment : Tamara Drew de Alexandre Desplat

ouais ok je vois, je commence à comprendre pourquoi c’est pire que la page blanche… Là t’as toutes les clefs main, mais tu sais pas dans quelles serrures les mettre.
Y’a de ça, y’a l’idée — souvent fausse — que tout est déjà en place. Il faut combattre aussi cette vue de l’esprit qui a l’impression que tout est simple et facile alors qu’en fait… NON.
[...] tous les sens, jusqu’à aboutir à l’écriture quasi d’une traite (ou pas, si panne de l’Acte III) d’un synopsis ou d’un squelette [...]