Il y a quelques années, à la sortie du jeu Shadow Complex, j’ai découvert que le romancier Orson Scott Card était considéré comme un homophobe notoire et que de nombreux militants cherchaient à boycotter ou saboter la sortie du jeu de Epic Games. Personnellement, je pense qu’il est important de séparer l’homme et l’auteur et, poussé par la curiosité, je me suis empressé de jouer à Shadow Complex et de le trouver détestable pour un nombre incalculable de raisons — mais c’est une autre histoire — sans trouver toutefois quoi que ce soit à redire sur une possible homophobie.
Bref, je n’ai jamais cru qu’il fallait s’inquiéter de Orson Scott Card comme d’un auteur homophobe ; qu’il pense que les homos doivent brûler en enfer dans la vie mais pas dans son œuvre m’intéresse assez peu. J’ai même toujours voulu lire ses livres de science-fiction (sa page Wikipédia vous éclairera sur lui et son œuvre), souvent très appréciés. Et c’est un peu hasard, grâce à Twitter et à @un_ouragan que j’ai découvert l’existence du nouveau livre de Orson Scott Card, simplement appelé Hamlet’s Father. Il s’agit d’une réécriture et d’une relecture du Hamlet de Shakespeare, écrite dans le but d’offrir aux lecteurs actuels quelque chose de moderne et de lisible. Étrangement, Orson Scott Card a déjà signé une « adaptation » de La Mégère Apprivoisée ; ce n’est donc pas la première fois qu’il se plie à l’exercice.
Il faut être honnête : lire Shakespeare en anglais est assez complexe, nous sommes habitués à le lire dans un français simple, souvent éloigné des complexités de rimes, de rythmes ou de pieds qui sévissent dans l’œuvre originale. Et si je peux comprendre de la même manière qu’on peut chercher à simplifier la langue, Orson Scott Card s’est lui obstiné à réécrire l’histoire. D’ailleurs le titre n’est pas Hamlet mais Hamlet’s Father ; il n’y a donc pas mensonge ou manipulation.
Par contre c’est sans le moindre doute un livre homophobe. La critique de Rain Taxi est sans appel :
Here’s the punch line: Old King Hamlet was an inadequate king because he was gay, an evil person because he was gay, and, ultimately, a demonic and ghostly father of lies who convinces young Hamlet to exact imaginary revenge on innocent people. The old king was actually murdered by Horatio, in revenge for molesting him as a young boy—along with Laertes, and Rosencrantz, and Guildenstern, thereby turning all of them gay. We learn that Rosencrantz and Guildenstern are now « as fusty and peculiar as an old married couple. I pity the woman who tries to wed her way into that house. »
Ça fait bien évidemment peur. Je vous laisse lire la critique de Rain Taxi qui, avec énormément de pincettes, se permet de revenir sur ce livre étrange et son auteur qui démontre, acte après acte, sa haine de l’homosexuel.
Cela vient naturellement poser deux questions à l’auteur qui sommeille en moi. Premièrement, quelle est la quantité réelle de mes idées disons… politiques… qui se transmettent dans ce que j’écris ? Ensuite, comme d’habitude avec moi, est-ce que je peux faire pareil que Orson Scott Card : c’est-à-dire prendre une œuvre formidable mais datée et la transformer en autre chose, comme la copie en argile d’une sculpture que l’on va remodeler ? Si oui : quelle œuvre et surtout… quand ?



Cher Yéti,
Avant toute chose, tu dois lire impérativement Ender’s Game de OSC, c’est un des meilleurs romans jamais écrits, et il te fera voir les RTS d’un oeil tout nouveau.
OSC a également signé quelques dialogues de Loom et est l’auteur des insultes au duel à l’épée de Monkey Island.
A présent, je dirais que tout le reste est à jeter (ou du moins à ne pas lire).
Comme quoi, on peut être génial un jour et nul le reste du temps.
Concernant ta dernière question, c’est bien que ta personnalité modèle ce que tu écrives, tant qu’elle inspire la vie, tant qu’elle tente de séduire plutôt que de convaincre.
Enfin, pourquoi reprendre une (belle) idée du passé et la mettre à la sauce Yéti ? Laissez faire les gens trop bêtes pour s’émerveiller du monde à ce type de tâche, sculptez la réalité avec vos histoires, avec ce que vous êtes, vous.
Il est pas plus homophobe que Boutin ou Vanneste, c’est juste un cul-béni qui pense qu’on va aller en Enfer parce qu’on aime la bite.
J’avais beaucoup aimé La stratégie Ender, et trouvé La voix des morts d’une nullité abyssale. Après j’ai appris qu’il était mormon, alors j’ai pas insisté pour explorer sa bibliographie. Mais on peut définitivement lui reconnaitre un talent d’écriture qui fait cruellement défaut à Stephenie Meyer.
Les remakes sont généralement foireux, notamment au ciné (pas d’exemple qui me vient en tête, c’est dire) (même si en ce moment j’ai très envie de voir le King Lear de Godard). Niveau littérature, le Dorian de Will Self est vraiment très bien.